Membres

 

Vous ne pouvez pas accéder à votre compte ?

Calendrier

 
26 oct 2021
 
 Oct    2021 
di lu ma me je ve sa
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31
  Mes Favoris (0)

Loco Locass Les géants

Parole de chansons : Loco Locass Le Québec Est Mort, Vive Le Québec! - 2012
  • Les géants
  • M'accrocher?
  • Secondaire
  • Artiste : Loco Locass


    Titre de la chanson : : Les géants
    De : : Loco Locass
    Titre de l'album : Le Québec Est Mort, Vive Le Québec! - 2012

    ici le je se démultiplie au nous
    je ne nous vois plus à genoux
    mais debout
    caribous
    dévalant les vallons
    arpentant la plaine
    nos sabots s’imprimant dans le lichen
    dorénavant droit dressés
    -dents de dragons hachurant l’horizon-
    nos panaches s’entrechoquent en une mâle émulation
    et bravant les hurlements de la meute
    nos bramements nomment le monde

    nous sommes issus d’un sol immense,
    qui nous a tissés métissés
    rebuts de brins de laine tressés très serrés
    sans couture au sein d’une ceinture fléchée
    comme quelque queue clinquante de comète effilochée
    et si l’on suit le fil de notre texte, il
    mène à la sortie du labyrinthe de pan
    qui nous éreinte depuis qu’ils ont mis nos torts dedans
    ils ont conquis nos territoires,
    pillé notre histoire et volé notre mémoire
    avec leurs thèses de fous, ils nous ont dit : « taisez-vous !
    vous êtes comme thésée sans sa ficelle, perdus, déboussolés
    vous n’êtes pas vous
    vous êtes nous
    vous êtes dissousvous ne valez pas 10 sous
    notre substrat vous subsume et
    la comparaison vous consume »

    faux !

    nous venons d’avant, nous sommes antérieurs
    nous sommes des créateurs, pas des créatures,
    pas des caricatures
    notre maison n’a pas de cloisons
    mais 4 saisons
    acclimatés au climat
    et faisant fi du frimas

    nous avons parcouru par ses artères tout un continent titan
    notre espèce aspire à l’espace et son empreinte est partout
    tapie dans la toponymie
    gravée dans le granit
    arc-boutée dans les arches de nos dingues digues dignes de la muraille de chine
    dans les champs essouchés sous la lune
    et les racines d’un hêtre qui ne peut plus plier
    c’est une histoire riche qui n’est sur aucune affiche
    et qu’on a laissé en friche
    dans nos caboches, ce n’est que roches et fardoches
    cosmogonie à l’agonie
    dans le tome fantôme d’une mémoire moisie

    sur nos épaules on porte pourtant le pack
    sac d’un passé épatant
    mais allons-nous mourir en nains quand nous
    sommes nés géants ?

    sitôt venus au nouveau monde
    on a dompté les hivers et fabriqué de la terre
    on avait la tête à la fête et le coeur au labeur
    opiniâtres, on n’a jamais laissé mourir le feu dans l’âtrecar nous avons la tête à papineau
    la longue langue loquace de da costa
    le coeur-corsaire de d’iberville
    qui envoie en nos veines
    le pur-sang mêlé-mêlé de riel et des premières nations
    nous avons l’aviron de radisson, la vigueur de la vérendrye
    les jarrets de jolliet et tous les talents de l’intendant talon
    en somme, nous sommes des surhommes uniques
    générés par le génie génétique de l’europe et de l’amérique

    inéluctablement, nous voguons vers le néant
    mais allons-nous mourir en nains quand
    nous sommes nés géants ?

    opaque, il faut qu’enfin notre épopée éclate
    c’est sans équivoque, cette histoire est pleine et craque
    loco locass la provoque de son verbe épique
    les eaux sont crevées et tombent en trombe
    et forment une flaque, que dis-je une flaque ?
    c’est comme un lac à nos pieds
    le col se dilate, le sol s’écarquille
    pour laisser monter un corps en forme d’ogive
    c’est le chaos qui passe dans le chas d’une aiguille
    c’est un cri qu’on pousse, un coeur qui pulse
    celui d’un peuple qu’on accueille ou qui frappe un écueil
    dans l’oeil du cyclone chaque seconde en vaut 4
    nous rapproche d’un miracle
    c’est un spectacle sans entracte
    mais gare à l’arrêt cardiaque
    entre la mort et la vie
    l’arrivée d’un homme comme lors d’un référendum
    un peuple oscille entre le rien et tout ce qui brille
    je pose des mots garrots

    gare au flot hémorragique Ô ma rage gicle par tous les pores de mon coeur spongieux
    sur ce long jeu, conjure ma mortelle nature
    et nous disons que la parole est une sage-femme
    qui tire des limbes un monde à naître
    fort de cette maïeutique aux forceps
    le poète nomme enfin celui dont il voit poindre la tête :
    québec !